Chapitre 3: Concerto en Italie

L’Essor du Concerto en Italie

Le « Concerto » qui est à l’origine, un morceau de musique dans lequel un ensemble d’instruments se « concertent » est devenu plus tard un dialogue entre un soliste et l’orchestre. Il se développa en Italie, le soliste étant principalement un violoniste, mais ensuite, d’autres instruments vinrent remplacer le violon, comme la flute, le hautbois, le basson, la trompette…Parmi les initiateurs tels que Vitali, Corelli et Torelli, nous distinguerons Arcangelo Corelli (1653-1713) et Giuseppe Torelli (1658-1709).

 

Arcangelo Corelli

arcangelocorelliIl naquit en 1653 à Fusignano près de Bologne et partit dans cette ville en 1666 pour y apprendre le violon, puis s’installa à Rome en 1671 où il devint violoniste en l’église St Louis des Français. Il se trouva placé sous le patronage de la reine Christine de Suède et du cardinal Ottoboni, neveu du Pape, ce qui le mit à l’abri des soucis financiers. Il se dédia donc à son œuvre musicale qui est de grande qualité, bien que peu abondante. Il mourut à Rome en 1731.

Violoniste et aussi chef d’orchestre (il dirigea de grands ensembles), sa renommée fut très grande en Europe. Il fut en contact avec Pasquini et Scarlatti et des compositeurs allemands tels que Georg Muffat et Georg Friedrich Haendel, qui avaient voulu le rencontrer au cours de leur voyage en Italie. Son œuvre comprend des sonates d’église et de chambre, ainsi que 12 concerti grossi dont le célèbre « Concerto pour la nuit de Noel » qui débute par une introduction lente et continue, suivie d’un thème plus rapide, richement orné et rythmé. Il eut des disciples tels que Geminiani et Locatelli en Italie, mais son influence fut grande même en Allemagne sur de grands compositeurs tels que Jean-Sébastien Bach et en France sur François Couperin. » Son goût pour l’équilibre ne l’empêche pas de solliciter la virtuosité de l’archet ». (Ph.Venturini).

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Giuseppe Torelli

giuseppetorelliNé près de Vérone en 1658, vint à Bologne, puis occupa des postes de maitre de chapelle à Vienne et en Allemagne.

Il revint à Bologne où il mourut en 1709.

Il est l’auteur du premier concerto pour un instrument solo, le violon, alors que Corelli avait composé des « concerti grossi » dans lesquels divers instruments jouent tour à tour le rôle de solistes.

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Tommaso Albinoni

tommasoalbinoniNé en 1671 à Venise dans une famille aisée, il put se consacrer à la musique sans soucis financiers. Il épousa une cantatrice d’opéras, Margherita Raimondi qui mourut en 1721. Quant à Albinoni, il mourut à Venise en 1751. Jean-Sébastien Bach s’intéressa à son œuvre à laquelle il emprunta des thèmes musicaux. De ses nombreux opéras, il ne reste pratiquement rien. De ses œuvres instrumentales consacrées au violon, on peut distinguer des « sonates à trois », des concertos pour violon. Mais il composa aussi des concertos pour hautbois et orchestre à cordes et des « concerti a cinque » pour trois violons, alto et violoncelle.

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Antonio Vivaldi

antoniovivaldiNé en 1678 à Venise, il était prêtre avec une chevelure rousse, ce qui le fit surnommer en Italie, « il prete rosso » (le prêtre roux). Un des plus grands virtuoses pour violon de son époque, il arrêta de dire la messe, sans doute pour raison de santé et se consacra à la composition de musique religieuse, mais aussi de musique profane. Son influence en Italie et dans toute l’Europe fut considérable. Jean-Sébastien Bach a transcrit plus d’œuvres de Vivaldi que d’aucun autre compositeur et c’est d’ailleurs la redécouverte de Bach, au XIXe siècle par Mendelssohn et les autres compositeurs romantiques, qui entraina plus tard, celle de Vivaldi.

Antonio Vivaldi apprit le violon auprès de son père, barbier de profession, mais qui fut aussi violoniste à la cathédrale de St Marc. Il dirigea pendant près de quarante ans l’orchestre de l’Hospice de la Pietà de Venise, composé de jeunes orphelines ou de filles naturelles élevées dans des organisations religieuses. En 1711, il partit à Amsterdam où il fit publier son opus 3 composé de douze concerti pour violon et instruments à cordes, sous le titre de « l’Estro Armonico ». Ce recueil marque la transition entre le « concerto grosso » où plusieurs instruments prennent tour à tour le rôle de soliste et le concerto pour un seul soliste et c’est aussi ce recueil qui enthousiasma Bach au point qu’il en transcrivit plusieurs pour le clavier. En 1714, Vivaldi fit éditer, toujours à Amsterdam, son opus 4 intitulé « La Stravaganza » qui comprend aussi douze concerti pour violon. Entre 1724 et 1725, parut l’opus 8 intitulé « Il Cimento dell’Armonia e dell’Invenzione » qui comprend les quatre très célèbres « Concertos des Quatre Saisons ». En 1728, parurent dans l’opus 10, les premiers concertos pour flute et orchestre.

Mais à part cette extraordinaire fécondité pour la musique instrumentale, Vivaldi fut aussi un compositeur de musique sacrée et d’opéras. En 1713, il composa son premier opéra « Ottone in villa » et en 1716 son oratorio « Juditha triumphans » dont l’exécution devait commémorer la victoire du prince Eugène sur les turcs. A cette époque, il fit la connaissance de Johann Georg Pisendel, violoniste et compositeur allemand venu de Dresde et qui devint son disciple et son ami. En 1726, Vivaldi fit représenter son opéra « Dorilla in Tempe », avec pour cantatrice principale, Anna Giro, une des jeunes élèves de l’ospedale della Pietà, qui devait aussi l’accompagner dans ses voyages et chanter dans plusieurs de ses opéras. Après ses séjours à l’étranger, Vivaldi retourna à Venise en 1733 où il demeura quelques années. Il y donna son dernier concert qui comprenait plusieurs de ses compositions. Il fut en relation avec l’auteur dramatique Carlo Goldoni, dont il mit en musique certaines pièces de théâtre. Vers 1740, Vivaldi repartit à Vienne, mais quelques mois après son retour dans la capitale autrichienne, l’empereur Charles VI devenu son protecteur, mourut et le compositeur y vécut ses derniers mois dans l’indigence, avant sa mort en Juillet 1741.

L’œuvre de Vivaldi est considérable et comme tous les grands compositeurs, il a un style personnel reconnaissable. Il privilégia plus souvent la mélodie que le contrepoint, ce qui donne à sa musique un caractère plus léger que celle de Bach. Elle est aussi pleine de dynamisme et de spontanéité. Il eut un sens inné de l’orchestration, reconnaissable par l’association d’instruments qu’il créa dans ses concertos. Il fut aussi l’un des premiers à utiliser le « crescendo » en musique. A part les très connus « concertos des quatre saisons », on peut citer le remarquable concerto pour deux violons et orchestre, le concerto pour quatre violons transcrit par Bach, les « concerti per molti strumenti » où plusieurs instruments, flutes, hautbois, bassons… viennent accompagner l’ensemble des cordes avec beaucoup d’invention mélodique et de vivacité rythmique, ainsi que les concertos comme « la notte » ou « il cardellino » dans lequel la flute reproduit le chant du chardonneret. Dans le domaine de la musique vocale, on a redécouvert ses opéras comme « Ottone in villa », « Dorilla in Tempe », « Orlando furioso », etc. des cantates telles que « Cessate omai cessate » et des remarquables œuvres religieuses comme le fameux « Gloria » qui débute de manière éclatante par un chœur d’une grande vivacité et un orchestre où les trompettes jouent un rôle important, le « Magnificat », le « Salve Regina » et le « Stabat Mater » moins connu que celui de Pergolese mais aussi intéressant.

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D’autres compositeurs

francescogeminianiD’autres compositeurs qui ont occupé moins de place dans la musique de cette époque, sont Francesco Geminiani (1687-1762) né à Lucques, formé par Corelli, qui fréquenta Haendel, connu surtout pour ses concerti grossi, Pietro Locatelli (1695-1764) de Bergamo, autre élève de Corelli, vécut longtemps et mourut en Hollande, auteur de concerti pour violon, Giuseppe Tartini (1692-1770) né à Pirano en Istrie connu surtout pour ses « Trilles du Diable », prétendument inspiré par un rêve, Benedetto Marcello (1686-1739) né à Venise, connu surtout pour son « Estro poetico-armonico » qui contient la mise en musique des cinquante premiers Psaumes et des œuvres instrumentales avec violoncelle, Giovanni Battista Sammartini (1698-1775) de Milan, qui fut le maitre du compositeur allemand Gluck et l’initiateur de la « symphonie » dans la musique, qui était encore réduite à l’orchestre de chambre à cordes, mais où parfois intervenaient des instruments à vent. Ce seront Haydn et Mozart, qui, après lui développeront la symphonie classique.


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